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Le francoprovençal est une belle langue. Bien que ne la parlant pas , ne la comprenant pas, je reste sensible à sa musicalité lorsque les -trop rares- occasions de l'entendre se présentent. Cette langue, vulgairement surnommée patois, parlée par mes grand-parents, m'a bercée durant mon enfance. C'est pourquoi j'ai envie de la mettre à l'honneur sur ce blog. Je mettrais en ligne petit à petit les textes qu'écrivit mon grand-père Donat et que vous connaissez déjà pour les avoir lu en français.
Histoires maintes fois racontées et publiées dans la Revue Dava Rossan-na en français et en patois sous le nom d'auteur Dona Revène – Le Marmotïn – Moulïn - Péjèy

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lundi 13 février 2017

Hommage et invention


Moulin est le nom d'un petit village des Alpes, situé à seulement dix minutes de la station de ski de Peisey-Vallandry. Les maisons sont en moellons ou en pierres, mélangeant ainsi les différents styles architecturaux qui font l'histoire du village. Il est constitué de deux rues dites principales et de multiples ruelles plus ou moins sombres où résonnent les cris des enfants. La minuscule chapelle Saint-Agathe est un lieu sacré où, chaque dimanche, les fidèles viennent prier Dieu.
Ici, à part dans l'architecture, le temps ne semble pas avoir eu d'emprise sur les habitudes du village. Dès les premières heures du jour, le boulanger s'active, le meunier le rejoint rapidement, puis vers huit heures du matin, les enfants sortent de leur maison et se précipitent le sac sur l'épaule en direction de l'école.
Chaque matin, c'est la même chorale de cris, de rires et, pour les plus jeunes, de pleurs, qui passe devant la maison de la doyenne du village. Chaque matin, ces mêmes visages la saluent gaîment. En effet, la vieille dame, fidèle à ses habitudes, s'assoit sur son banc et tricote écharpes, gants, ou pulls pour les marmots. Chaque après-midi, ses amies la rejoignent pour faire les commères ou discuter du bon vieux temps lorsqu'elles pouvaient danser la valse, habillées en tarines, avec leurs amoureux.
La doyenne a des cheveux gris, la peau ridée mais a encore un regard pétillant et vivace. Elle porte toujours ses mêmes longues jupes à carreaux et ses gilets en laine faits main. Malgré son âge avancé, c'est encore une femme pleine de vie, allant faire ses courses et se promenant chaque jour. C'est la doyenne du village et lorsque les enfants viennent écouter ses histoires, on pourrait croire qu'elle était déjà assise sur ce même banc à la naissance du village, il y a fort longtemps.
Cette femme est un peu la mère de tout le monde ici et tous les habitants du village l'appellent avec beaucoup de respect et d'amitié « Mémé Suzanne ».


Jade SILVIN, septembre 2014 ©

Le patois, c'est vraiment une belle langue, et c'est la nôtre ! Le patoué, sè k è na brova lèga, é y è la noutra !


Le patois, c'est vraiment une belle langue, et c'est la nôtre !

Ceux qui ne connaissaient pas le patois se sont moqués de ceux qui le parlaient. Il s disaiaent que c'était la langue des paysans, du français écorché, qui nuisait aux enfants à l'école. Les maîtres d'école punissaient ceux qui leparlaient, et leur faisaient honte : « Soyez propres et parlons français ». Ils décourageaient les parents de leparler à leurs enfants.

Le maître d'école qui arrivait dans une commune où la moitié des élèves ne connaissaient presque pas de mots de français se demandait à quelle race il avait à faire. Il faut reconnaître que la situation compliquait son travail.

Mais la vérité, c'est qu'une directive de Robespierr, du 28 prairial an II (1794), décrétait de mettre en place dans toutes les communes un maître d'école qui avait, en plus de sa vocation de maître, la mission de supprimer tous les dialectes pour éviter les complots et la sédition.

Sans compter qu'à cette époque, on voulait que tout le monde puisse accéder à ce qui était pour la haute société la seule langue de culture et de prestige : le français. Ce sui excluait les autres langues et dialectes : ils croyaient que ces autres langues de France allaient se mélanger au français et le contaminer. À son insu, le maître d'école est devenu l'outil de l'État français.

Ainsi, on a hérité d'une monstruosité qui faisait que les enfants ne parlaient pas la langue de leurs parents, et qu'ils la méprisaient.

Faire l'unité de la langue, c'est tout à fait normal. Mais pour quelle raison détruire du jour au lendemain tout ce qui existe depuis la nuit des temps ? Les Savoyards n'ont jamais mis l'ordre public en péril ! Allez donc demander aux Alsaciens, aux Cantalous, aux Basques, aux Bretons, aux Corses, aux provençaux, de ne plus parler leur langue : la nôtre n'a rien à leur envier !

Aujourd'hui, l'État français reconnaît qu'il s'est trompé, mais c'est bien tard...

Ce qu'on a pu dire sur le patois pour le détruire est faux. Parler patois n'empêche pas de parler le français, ni surtour de l'écrire correctement. Les patoisants parlent le français aussi bien que les autres, et corrigent même les fautes de ceux qui ne parlent pas le patois.

On sait depuis la fin du siècle dernier que le patois est une langue authentique, qu'on appelle le francoprovençal et qui vient du latin.
Line Perrier - Université de Savoie
André Bonnet - Puygros
Dava Rossan Na n°1 hiver 1992
Le patoué, sè k è na brova lèga, é y è la noutra !

Chô ke n ko.nchévon po l patoué se son foti de chlô ke l parlovon. I djévon k y étchévé la léga d lo paizan, de fransé ékortcha, ke nuijévé a lo ptchou a l ékoula. Lo métre d ékoula ponivon chlô k le parlovon, è lo fajévon vargônye : « Soyez propres et parlons français ». I dékoradjévon lo parè a l parlo a lèrz éfan.


Le métre d ékoula k arvové djè na kemna yeû k y avé la métcha d loz élév ke n ko.nchévon préske poué de mô de fransé se demandové sovè a kinta ras il avé a foré. I feû rkonyétré k la situachon konplikové sn ouvra.

Mé la verto, y è ke na dirèktiva de Robespierre, di vèté-ouè prèryal an dou (1794), dékrétové de bto è plas djè toté lé kemné on métre d ékoula k avé, è plus de sa vakachon de métre, la michon de touo teû lo djalèkt ^èpatché k le monde konplotisson è se rvrèyisson.

Sè konto k a chô momè, on volyévé ke teû pozèsson konyétré sè k étché pe l gran monde la sla lèga de kultura è de yta volo : le fransé. Sè k ékartové léz otre lègué è djalèkt : i kréyévon ke chléz otre lègué de Frans alovon se méklo i fransé é l èpèsto.Sè k i sayéssé forsémé avarti, le métre d ékoula è devni l ti de l Éta fransé.


Dins, on.n a èrto d na monstuozito ke fo ke lo ptchou ne parlovon po la lèga de lèr parè, é ke la méprizovon.


Foré l unito de la léga, y è tot a fé normal. Mé pe kinta rézon démoli di zhôr i lèdeman to s k ègzisté dépoué lonté lonté ? Lo savouyor n on jamé bto è péril l dre nassyonal non pel ! Alo don demando a loz Alzachin, a lo Kantalou, a lo Bosk, a lo Breton, a lo Kors, a lo Miladjou de ne pel parlo lèr léga : la noutra n a ryé a loz évyé !


A l ra de oui, l Éta rkonyé k i s è tronpo, mé y è byè tor...

S k on.n a pozi diré chi l patoué pe l détruiré n é po vré. Parlo patoué n èpatché po de parlo l fransé, é chitô de l ékriré korèktamé. Lo patouézan porlon as byè fransé k loz otr, é mém korijon lé fté de fransé de slô ke n porlon po l patoué.


On so dépoué la fin de l otre syékl ke l patoué, y è na vré léga, k on.n a apelo le frankoprovansal è ke vin di latin.

Lina Paryé - Univèrsito de Savooé
André de Gouét - Pigrou
Dava Rossan Na n°1 hiver 1992

mercredi 2 décembre 2015

La visite des révolutionnaires à l'église de Peisey


En l'an 1793, les révolutionnaires, après avoir abîmé plusieurs églises plus bas dans la vallée, emporté les cloches une fois brisées, abattu les clochers à la hauteur du de l'église et abîmé les autels, se sont décidés à monter à Peisey par l 'ancien chemin muletier appelé « le Grand Raccourci », tout entouré de grands buissons et de rochers ; il n'y a pas eu de route avant 1900.

Pour ne pas se faire voir trop vite, ils ont pris depuis Barby, à mi-chemin, un petit sentier qui arrive tout droit à l'église en passant juste le long des maisons du Villaret. Pourtant l'alerte fut vite donnée et les Peiserots sont venus en bande pour voir ce qu'allaient faire ces vilaines gens. Le curé ne s'est pas montré et ils ont pu rentrer dans l'église toujours ouverte dans la journée.

En sacristie, ils n'ont trouvé que la grande croix de procession toute en argent. Ils n'ont pas vu le maître-autel de 1700 (un des plus beau de Tarentaise). Pour le cacher les Peiserots avaient construit une grosse cloison en bois de sept mètres de haut sur six mètres de large. Ensuite, ils sont montés au clocher pour précipiter les quatre plus grosses cloches, les briser et les emporter. Quant à la cinquième cloche, la plus ancienne et la plus petite, elle avait déjà été descendue et cachée. On l'appelait la « Sarrasine », elle servait à avertir quand des inconnues arrivaient. Après avoir demonté les bois et les ferrures des cloches, les révolutionnaires les ont précipitées du haut des trente mètres : trois se sont brisées mais la plus grosse non.

Ils n'ont pas osé démollir le sommet du clocher : les clés (fers de liaison) des murs étaient trop grosses, mais surtout ils risquaient de se faire boucler dans le clocher. La porte d'entrée était petite et solide. Avec une masse en fer, ils ont brisé en plus petits morceaux les trois cloches cassées. Ils ont frappés de toutes leurs forces sur la grosse mais pas moyen d'y arriver. Autour d'eux, les gens se moquaient et éclataient de rire.
Mais l'un d'eux a eu une idée et dit: « Allez me chercher du gros fil de fer et des tenailles ». Pendant ce temps, ils se faisaient menacer et dire du mal par les villageois. Une fois revenus avec le fil de fer, ils ont encerclé la cloche de plusieurs tours et serré de toutes leurs forces en vissant. Quand il a jugé que c'était suffisant, il y en a un qui prend la masse et frappe violemment. Le cloche s'est fendue. Quand le bronze n'a plus pu vibrer, il s'est fissuré.

Pendant que les voleurs s'occupaient des cloches, des gens avaient remarqué que la croix d'argent était enfilée dans un sac en grosse toile, vers la porte de l'église, et que quelqu'un la gardait. Ils savaient qu'il y avait dans la paroisse une femme courageuse, forte de nature, capable de les arrêter. Ils viennent la trouver et lui dirent qu'il faut sauver cette croix. Aussitôt, elle leur dit: « Eh bien, je vais m'habiller en homme, comme ma peau est déjà bien noire, ils n'y connaîtront rien. Nous allons descendre à plusieurs à Barby pour les attendre à la croisée des chemins. Vous resterez cachés dans les buissons, vous n'en sortirez que si je fais signe ». Elle prend un gros bâton de frêne bien noueux et ils partent.

Ils attendent assez longtemps avant de les révolutionnaires voir arriver chargés de sacs lourds. La descente était pénible dans ce sentier. Surpris de voir un homme grand et gros les attendre, ceux-ci lui disent: « Laissez-nous passer ». La femme déguisée en homme répond: « Vous passerez quand j'aurais vu ce que vous avez ». Ils répondent: « Nous emportons vos cloches en morceaux ». Elle dit: « Des cloches, je le sais. Mais vous avez autre chose, c'est pour ça que je vous attends. Dans un de vos sacs, vous emportez une belle croix. Posez-la. sinon, regardez mon gourdin de frêne. Ne m'obliger pas à m'en servir. Et puis je ne suis pas seul, plus bas,vers le Rocher des Larrons, une bande vous attend ».

Ils se regardent tellement surpris d'etre menacés et répondent: « Et si nous vous la laissons, pourrons-nous continuer notre chemin sans ennui? » Elle répond: « Bien sûr, mais posez-la et foutez-moi le camp ». Ils partent en maugréant ; les Peiserots leur font entendre des sifflements et tout heureux de leur coup, en chantant, reviennent à Moulin.
De là, ils retournent à l'église en procession avec tous les gens du village.

Cette belle croix scultée sort encore pour de rares processions. Je la porte toujours aux enterrements en tête du cortège. J'ai su il y a quelques années que cette femme courageuse était de la famille des Mérel. Il arrive encore de temps en temps que ce sont les femmes qui portent les pantalons.

Donat Silvin, Peisey,Dava Rossan-na n°19


La vezeta du revoluchoün-ée a l ègliji dè Péjèy

Ïn l ann di-sè-hïn-nonant-è-tréy, lu rèvoluchoün-ée, apri avé dèpecha plujeûz èglijè pl aval dïn la valo, importo lè klôtsè an vèy brejî, fotu ba chè ta k a atyeûy du tèt de l égliji è dèpcha luz eûto, on vouèyu moünto ïn Péjèy pè le vyu tsemïn moulatyè nomo la Gran Rèkouarba, tot ïntouo dè gron bôchoün è dè rotsé ; i a po avu dè rota dèvon dijnoün-hïn.

Pè po sè fé ivyè trouè vite, i on prévy dé Barbi, a méto tsemïn, oün tchou vuoun ki arvèt to drèt a l ègliji ïn pasïn to juste le loün dè lè minjoün du Vlêt ; pourtann l alèrta a ho vite baya, è lu Péjôt son vu ïn binda pè ivyè sin k i aloan fè,rè bourtè dzïn. L inkouol s i po fét ivyè, è i on pouèchu rintro a l ègliji todzo ivirta dïn la dzorno.

Ïn sakristi, i on rïnkè trovo la gran krui dè prosèchoün, i on po vyou le grann euto dè di-sè-hïn (oün du pe bé dè la Tantéji) : pè le katchè, lu Péjôt ayan moünto an gran paloün-o ïn boui ; sèt métri d otyeûy su chi métri dè lordze. Apri, i on paya i klotchè pè fotri bo lè katre pe grôsè klôtsè, lè brejè è lèz ïnporto. Pïnkanta la hïnkyema klôtsi, la pe vyiyi è la pe tchouta, èl êt iho dèchindoua è katcha ; soün nyoün yivèt « la Sarazïn-a » ; èl sarvichèt a avarti kan dè bindè po konyuî arvoann. Apri avèy démoünto lu boui è le farè dè lè klôtsè, i lèz on mandò bò dè trinta métri d otyeûy, tréy sè son kasé, mè pò la grôsa.

I on po uzo fotre bo le soündzoün du klotchè ; lè klé ïn fi dè le mouayè yivan trouè grôsè è sutot, i reskoann dè sè fé boklo dïn le klotchè ; la pourta d intro yivè tchouta è solida. Avoué an machi in fî, k i pouèchann su la grôsa, mè po mouèyin dèz i arvo. Ato de leûy, lè dzïn s ïnfotann, è rikloann.

Mè oün du leûs at avu oün idî è det : « Alodè mè tsertchè dè gr^o friyatsôt è dè trekyzè ». Ïn atenyïn, i sè fachan bourtèyè è dî dè mol. Avoué le friyatsôt, i înrèklon la klôtsi è soronn a mourt în viyïn. Apri avè djudja k i n-ê preûy, i n-at oün ki prin la machi è pétrèt de totè sè foursè ; è la klôtsi s i findoua. Kan le broünze a po mi pouèyu vibrò, osè s i fisuò.

Pindin ké sé voleûy s okupoann dè lè klôtsè ; dè dzïn on vyou kè la krui d ardzènn yivèt ïnfelo dïn oün sak ïn grôsa téla, dou la pourta dè l ègliji, è kortchoün la gardoèt. I sayann k i èt dïn la paôtsi an fèna kouadzza è fôrta dè natua kapobla dè lèz arèho. I von la trovo é yi dyon k i ar fayu sôvo ra krui. Dèsuita èl leû det : « É bïn, dze vou m abriyè ïn ome, è komè si dza d an pèl byin néy, i konyéron renn. No vin déchindri a plujeûy ïn Barbi pè lèz atindri a la kreuja du tsemïn ; vo restéé katchî dïn lu bôchoün, vo n in sortéé ké si dze vo fou sinye. » Èl prènn oün planhoün dè fréne byin sinyoün-u, è i partéchonn.

I atènyonn assé loüntin dèvon kè lèz ivyè arvo byin tsardjî dè sak sôt. La déchinta yivè pènibla dïn sé vyoün. Soprèy d ivyè oün ome gron è grô lèz atindri, i yi dyonn : « Lochidè no paso ». Èl rèponn : « Vo poséé kan dz ê vyou sin kè voz éy ». I rèponyonn : «  Noz ïnpourtènn vourè klôtsè ïn bokoün ». Èl det : « dè lè klôtsè zoün sa, mè voz éy otra tsouza ; i pè sènn kè dze voz atènye. Dïn oün dè vouru sak, voz ïnportodè noura bèla krui ; pozodè la. Otramènn, avétodè moün koustoün dè fréne, oblidjidè mè po a m ïn sarvi, è pouéy si po solèt ; pe bo, dou le Rotsé du Lore, an binda voz atènyonn ».

I s avétonn tolamin sopréy d iri mïn-achî, i rèponyonn : « È si no vo la lochènn, pourin-no kontinuo nouroün tsemïn, sin înkanbye ? » Él rèponn : « Preûchu, mè pozodè la, è fodè mè le kan ». I partéchonn ïn magreyïn ; lu Péjôt leû fon dè seble, è tu eûy dè leû fon dè seble, è tu eûy dè leû kou, rèvinyonn a Moilïn..

Déditchi, i tournonn a l ègliji în prosèchoün avoué lè dzïn du viladze.

Ra bèla krui skulto sortè ko pè dè roè prosèchoün ; dze la pourte todzo oz întéramî ïn tiha du kortéje. Dz é savu i a kokyèz on kè ra fèna kouadzza yivè de la famiyi du Mèrel. I arvè ko dè tinz ïn tin k i son lè fène ki pourton lè broyè.

Dona Revèn – Le Marmotïn – Moulïn – Péjèy, Dava Rossan-na n°19









































Souvenirs d'une centenaire


Il y a vingt-deux ans, une femme de Peisey arrivait à cent ans. La commune et la paroiss ont décidé d'aller la voir à l'hospice de Bourg-Saint-Maurice, pour lui faire fête. Le jour de ses cent ans, le maire, le curé et quelques conseillers, dont je faisais partie, sont descendus à Bourg dans l'aprè-midi et l'ont trouvé en bonne forme, assise dans un fauteuil entrain de bavarder. Elle avait été opérée du col du fémur plusieurs mois auparavant et devait marcher avec sa canne.

Surprise de notre visite, elle en pense de suite le pourquoi. Elle nous reçoit gentiment en disant: « Pourquoi vous déranger pour une vieille personne qui n'a plus ni valeur, ni utilité? »
Le maire répond: «  Nous ne pouvions pas laisser passer un pareil anniversaire, car à notre connaisssance, personne à Peisey n'était arrivé à cent ans. » « Alors asseyez-vous! » nous dit-elle. Elle reprend: « Sur les six que vous êtes, j'en connais quatre, je les ai vus tout petits, jeunes gens et enfin mariés, et des gosses. Dites-moi qui sont les deux autres.? » Le maire lui dit: « J'ai été instituteur à Nancroix et votre petit neveu a été mon élève. Maintenant, je suis au chef-lieu et j'ai été élu maire de Peisey. » Elle reprend: « Alors c'était vous qui descendiez souvent chercher le pain chez Rosat? » « C'est juste, madame » répondit-il. Après elle s'adresse au plus jeune: « Et vous, que faites-vous là-haut? » Il répond: « Je suis le jeune curé de Peisey mais je ne vous connais pas. »

Alors le maire lui demande: « Pourriez-vous nous raconter votre vie et le secret de votre longévité ? »
« D'abord, si j'ai vécu si longtemps, c'est que la place dans l'autre monde n'était pas libre, pour recevoir une créature comme moi toujours prête à rouspéter. J'ai eu une jeunesse assez dure : travaux des champs pour aider les parents, nourriture simple, souvent dans les prés à courir après les veaux, les chèvres et les vaches. Quand j'ai eu dix-huit ans un garçon s'interressait à moi. Un jour, il s'est décidé à venir trouver mon père pour lui demander ma main. Un peu surpris, mon père lui répond : « Ecoute, Eugène, je ne te dis pas oui pour aujourd'hui. Catherine est encore un peu trop jeune pour tenir un ménage. Si tu peux attendre deux ans, je serai d'accord. Sinon, elle ne sera pas en peine pour trouver un autre homme. Il y en a assez qui lui tourne autour. » Nous avons attendu deux ans et le jour des noces a été fixé. La malchance a voulu que huit jours avant, il attrape les oreillons, nous avons dû remettre à plus tard.

Après notre mariage, nous sommes restés quelques mois au village. Des amis ,qui étaient partis à Paris, nous encouragés à les rejoindre. Ils nous avaient trouvé du travail. Mon mari travaillait dans le bronze. Moi, je suis rentréecomme ouvrière chez Legris qui fabriquait des instruments de chirurgie. Au début, j'étais à l'essai pour une somme fixée, alors que les autres étaient à la pièce. J'ai vite pris le coup de main et, au bout d'une semaine, j'en avait fait autant que les autres. Elles me l'ont fait remarquer et je suis aller trouver la patron en lui disant: « Vous avez pu voir que j'en ai fait autant que les autres, et vous me payez moins. Vous me volez deux francs. » Surpris de ma façon de raisonner, il me dit: « Vous avez du toupet pour un début, mais vous êtes capable. Donc, je vous paye autant que les autres. » Je l'ai remercié et j'ai continué longtemps chez lui.

Nous avons travaillé et nous avons économisé longtemps pour pouvoir vivre de nos rentes sur nos vieux jours. Alors, nous sommes revenus à Peisey vivre avec mes deux soeurs restées célibataires. Elles travaillaient la terre et avaient du bétails. Mon mari et mes soeurs sont morts depuis longtemps. Après mon accident, je suis rentrée à l'hospice et j'y suis bien soignée.

Après tous ces contes, le maire fait signe d'apporter le gros gâteau où étaient piquées cent bougies. Il les allume et lui demande de les souffler. Elle s'approche, reprend son souffle et les éteint toutes.
Pendant qu'on coupait les parts du gâteau, elle me dit à l'oreille, en parlant du jeune curé: « Est-ce qu'il travail encore le bien autour de la cure? » Elle avait vu les curés travailler la terre autour de l'église. Je lui dit non.

Nous avons tous pris une part du gâteau en disant: «  Bon anniversaire! » Et nous avons bu le champagne. Après nous être tous assistés le maire fait amener le fauteuil roulant que nous voulions lui donner et le lui présente. Elle nous remercie tous s'y installe avec plaisir et lui parle: «  Que tu es beau mon petit cheval ! Hue donc, en avant! »

Alors tout content de cette fête, nous nous sommes quittés.

Catherine Trésallet, née Mérel, a fêté ses cent ans le 15 avril 1972 à Bourg-Saint-Maurice. Elle est décédée le 5 octobre 1972.

Donat Silvin, Peisey, Dava Rossan-na n° 14-1995


Sevi d an hintenéa

II a vintè-dué on, an fèna dè Péjéy arvoèt a hint on. La koumoün-a è la paôtsi on dèssido d alo l ivyè a la ospissè du bo pè yi fé an fiha. Le dzo dè su hint on le mèr, l inkouol è kokyè koünsèyè don dze fachou partya, son dèchindu i Bo dïn l aprimendzo, è l on trovo ïn bn-a forma, chadoua su oün fôtoy ïntrïn a bartavèlo. El êt iho opéo du kol du fémur pluyeuy méy dèvon, è dèvè martché avoué sa kana.

Sopréssa dè noura vezeta, èl pinsè dèssuita le parkyè, è no rèchèt jantimèn ïn diïn : « Pè kyè fé vo dèringjè pè an viyi parsouna ki a pomi ni valeuy, ni utilito ? ». Le mèr rèpo-n : « No pouèchan po lochè passo oün paryè anivarsée, kar a noura konyechïnhi nyoün ïn Péjéy yêt arvo a hint on. Alor, chadè-vo » k èl no det. Èl rèprèn : « Su lu chis kè vo sidè, n in konyéche katre. Lèz è vye tu tchout, dzn-è dzïn, è poué maryo, è dè gosse, alor detè-mè koui son luduiz otre. » le mèr y det : « Dz é ho métri a nankrui è vouroûn tchou neveuy at iho moün éléve. Ova, dze si i chèfyeu, è i mon nomo mèr dè Péjéy. » Èl rèprèn alor : « Alor, voz yo vo ki dèchèyètn tsartchè le pan i moulïn tchi Rosat sovèn ? » « I juste, Dama. » k o rèpo-n. Apri, èl s adrèchèt i pe dzoün : « È vo, kè fédèvo leûdamou-n ? ». o rèpo-n : »Si le dzoün inkouol dè Péjéy, mè vo konyècho po. ». Alor le mèr yi demandèt : «  pouryo-vo no koünto voura vya, è ke sègrèt d an loündze vya ? ».

« D abo, sè dz è vékyu che loüntin, i kè vya ma plahi dïn l otre monde yivè po prèsta pè rèchèvri an kréatua komè mè todzo prèsta a rouspèto. Dz é avu an dzoün-èssa assé dua ; travo de la kanpanyi pè édo lu pin-ïn, sovèn ïn tsan a kori apri lu vè, lè tchèvrè è lè vatsè. Kan dz é avu dij-vout on, oün garsoün s ïntéchièt a mè, è vouya sopréy, le poè yi rèpo-n : « Akounta Jénè, tè dye po oua pè ova. Katèrinè i ko trouè dzn-a pè tî oün mènyadze ; si te poui atindri duiz on, dze sê d akôrt ; ôtramèn èl sâ po ïn pin-a pè trovo oün ome, i n a preuy k i yi vriyo-n ato. Noz èn atindu duiz on, è le dzo dè lè nn-hè at iho fikso. La mochanhi a vouèyu kè vou dzo dèvon, ol atrapissèt luz orèyoün, è noz in dèvu rèmètri a pe tort.

Apri nouroün maryèdze, noz in rèsto kokyè méy i veladze dèz ami k ivan parti a Pay noz o-n ïnkouadja a lè rèdzouindri, i noz ayan trovo dè travay. Moün ome travayivè dïn le broünze, è dze si rintro kom ovrî tché « Legris », ki fabrekoè dèz outi dè chirurji. I dèbu, dz ive a l éssé pè an soma fikso, alor kè lèz otrè yiva-n a la pyéssi. Dze nè vite prè le kou dè man, è i bou d an senoa, n ayou fét atan kè lèz otrè. Èl mè zoün on fè rèmarko, è si alo trovo le patroün ïn yi diïn. « Voz è pouèchu ivyè kè né fét atan kè lèz otrè, è vo mèpayidè mouin : vo mè volodè dui fran. Sopréy dè ma fahoün dè réjoün-o, o mè det : « Voz è dè tepèt pè oun dèbut, mè vo sidè kapobla, è dze vo poye kome lèz otrè. Dze l è rèmarsyza, è dz è kontinuo loüntin tchi lui.

Noz in travaya è èkonomizo loüntin pè pouèché vivri su nourè rintè su nouru vyu dzo. Alor no sin rèvu ïn Péjéy vivri avoué mè dê suéè rèsté sélibatéè. I travayian la tèra, è ayan dè bissyè.

Alor, tu koüntïn dè ra fiha, no no sin keto. Moün ome è mè suéè son mourt dèpui loüntin, è apri moün aksidè-n, dze si a l ospissè, è lè si byin souanya.

Apri tu sè koüntye, le mèr fé sinye d aporto le grô gatô yeû yivan pekè hin bouji ; o lèz alemèt è yi det dè lè soflo. Èl s aprôtsèt, rèprin soün sofle è lèz amourtè totè.

Pindin ki kopo-an lè port du gatô, èl m è det a l ôyi în prèdzïn du dzoün inkouol : « Travayè-tè ko le bîn ato dè la kua ? » È l ê vyu luz inkouol travayè dè dè tèrè ato dè l ègliji, dze yi dye na..

Noz in tu préy an port du gatô în diïn « Boün anivarsée », è noz in bye le chanpanyi. Apri s iri tu assisto, le mèr fétamïn-o le fôteuy roulan kè no vouèyan yi bayè, è le yi prèzintèt. Èl no rèmarsièt tu sè lè înstalèt avoué pléji è yi prèdzèt « Kè ti bè, moüntchou tseval ; yu do-n, è ïn èvon ! ».

Catherine Trésallet, née Mérel, a fêté ses cent ans le 15 avril 1972 à Bourg-Saint-Maurice. Elle est décédée le 5 octobre 1972.

Dona Revèn – Le Marmotïn – Moulïn – Péjèy, Dava Rossan-na n° 14-1995
















La vie dans les montagnettes de Peisey


A la descente d'alpage, fin septembre, les bêtes sont gardées par tout un chacun dans les petits villages du fond de vallée. Vers la Toussaint, beaucoup déménagent dans les montagnettes à l'adret pour faire manger le foin rentré et profiter du soleil plus longtemps. Jusqu'à l'arrivée de la neige vers la Saint-Martin, nos petites vaches tarines courent dans les pentes pour pâturer les dernières repousses.

Les chèvres baissent les branches de frêne et des trembles pour décrocher les feuilles et les manger. Dans la matinée, on emmenait les chèvres dans les « broilles » (champs de seigle semés fin août). C'était un vrai régal d'herbe tendre.
Après les premiers vêlages, les vaches restent à l'étable. Les génisses, les génissons et les chèvres sortaient encore, même s'il y avait déjà un peu de neige. Avec leurs pattes, elles découvraient l'herbe.

A la maison, les travaux de l'hiver reprenaient. Pour finir d'engraisser le cochon pour Noël, on faisait cuire sur le fourneau à bois, dans une grande marmitte en fonte, les petites pommes de terre. Une fois cuites, on les écrasait et on ajoutait de la farine d'orge, du petit-lait ou du lait de chèvre. Ce mélange était servi dans un baquet (une seille) en bois.
Pour nourrir les vaches, on allait d'abord à la grange « torchonner » : préparer pour chaque bête une ration de foin et de regain. Deux fois par jour, on leur portait dans la crèche ce torchon. Pour les faire boire, un grand baquet plein d'eau servait à remplir les seaux our les porter.

Après la traite, on donne à boire aux jeunes veaux dans un seillon en bois. Le reste du lait est coulé dans le chaudron « le pévu » pour faire la tomme une fois par jour. On mène boire les génisses et les génissons au « bachal » du village (le bassin).
Après le soin des bêtes (le ménage), il faut sortir le fumier avec une brouette en bois ou une civière. S'il y a un mulet ou un âne, il faut lui porter du foin trois fois par jour, mais seulement deux fois à boire.

Une fois par semaine, il faut passer au village chercher des provisions, prendre le courrier et savoir des nouvelles. Par temps de neige, on utilise le mulet et le traîneau, ça fait une promenade.

Dans la journée, les hommes font du bois ou quelques petits travaux. Les femmes tricotent ou raccomodent, elles vont voir les voisines pour bavarder. C'est l'époque où le curé de la paroisse va visiter toutes les familles pour bénir les personnes et les animaux. Le sacristain le suit pour prendre les dons en nature donnés au curé.

Les jours de grand beau temps, on s'assoit devant la porte pour « écouter le soleil », « le soleil est le bois des pauvres gens ». A la mi-décembre, arrive le moment de déménager au village principal. Ce jour du déménagemment, les familles s'entraidaient pour descendre les animaux ou transporter en traîneau les jeunes veaux, le cochon et les bagages. D'autres, en bas au village, venaient faire du feu à l'étable et à la chambre pour qu'il fasse bon tiède à l'arrivée.

Une fois installés, une autre vie commençait, d'abord sans soleilpendant un mois, mais il y avait Noël, le jour de l'an, les conscrits et les Rois (des fêtes en perspective).
(Cela s'est vécu jusqu'au des années 1970.)

Donat Silvin, Peisey, Dava Rossan-na n°17-I-1996

La vya dïn léz arpètè dè Péjéy ïn novinbre è dèzinbre

A la dèmoüntanyeua fin sètinbre, lè bissyè son gardé pè oün tsokoün dïn lu tchou vladze du foün dè la koünba. Dou Tussin, grans tramo-n dïn lèz a la poa pè fé medjè le fin rintro è profito du soleuy pe loüntin. Tak a l arvo dè la néy dou Sin Martin, nourè tchoutè vatsè « tarines » trasso-n dïn lè pintè pè broho lu daryè rèbyoloün. Lè tchèvrè triyon bo lè brantsè dè fréne è du tinble pè abeno lé fôyé è lè mdjè.

La matïn, oün ïnmïn-oèt lè tchèvrè dïn lè broyè (tsan dè sèla vanyi fin out). Y ivèt oÛn vré régal d irba tindra.
Apri lu premyé véladze, lè vatsè rèstoa-n i beuy ; lè modzè, lu modzoün è lè tchèvrè sortichan ko, mime si y ê dza oün nèvkloün ; avouè lè pyôtè i dégarnichan l irba.

Reminjoün, lu travo dè l uvî ïnrèyia-n. Pè fourni d ïngrachè le pouè pè Tsalindè, oün fachè kouè su le fomèt a boui dïn oün gran broün ïn fnta, lè tchoutè trefoulè. An vèy kouétè, oün le pijièt, è oün adzoutoèt dè fama d ouardze, dè léto eû de lahèl dè tchévra ; sé mélandze yivè sarvéy dïn an sèyi ïn boui.
Pè nouri lè vatsè, oün aloèt dabo a la grandzi « tartsoün-o » : préparo pè tsekè lôt an rachoün dè fin è rèkôrs. Dui kou pe dzo, oün leû portoèt dïn la rètsi sè tortsoün. Pè lè fé bé, oün gran bakyèt plin d éva sarvichèt a ranpli dè syô pè leû porto.

Apri avé blètcha, oün bayè bé dïn oün sèyoün ïn boui o dzoün vé ; le rèstan i kolo dïn oün pévu pè fé de toma oün kou pè dzo (ïnkayè). Oün abèt lè modzè è lu modzoün ïn l odze du veladze.
Apri le mènyadze, i fo sorti le finmyè avoué oün barôt ïn boui cû an huvî. Si i at oün moulèt eû oün one, i fot yi porto dè fin trè kou pè dzo, mè rïnkè dui kou a bé.

An vèy pè senoa, i fo dèchindri i veladze tsartchè dè provjoün, prindri le kouryi, è savèy dé novèlè ; ïn tin dè nèy, oün drouvèt le moulèt è la lyèdzi, i fét an promïn-oda.

Dïn la dzorno, luz ome fon dè boui eû kokyè tchou travo. Lè fènè fècho-n eû remindo-n, è vo-n ivyè lè vejïn-è pè bartavelo. I l épok kè l inkouol dè la paôtsi va vizito tchi leuy totè lè famiyè, è bïn-i lè dzïn è lè bissyè. Le sakristin le set pè prindri lu doün ïn natua bayî a l inkouol.

Pè luz èfon ki vo-n a èkoula, è i katcheme a pya dïn la nèy è la frèt, i oün ékoula d ïnduïn-hi, oün vré spor.

Lu dzo k i fé gran bèl, oün sè chat dèvon la pourta pè « akouto le soleuy », « le soleuy i le boui dè le pouè dzïn ».

A méto dèzinbro arvoèt le momèn dè tramo bo i grô veladze. Sé dzo dè la trameua, lè famiyè s édoa-n a bé-to pè déchindri lè bissyè eû transporto ïn lyèdzi lu dzoün vé, le puoè è lu bagadze ; d otre, daval, vinyan fé de foua i beuy è a minjoün pè k i fissè boün a l arvo.

An vèy achopo, oün otra vya kouminchièt, dabo sin soleuy pindèn oün mèy, mè i êt Tsalindè, le dzo de l a-n, lu Konskri è lu Rèy (dè fihé ïn vyussa).
(Véku tak ïn sèptanta.)

Dona Revèn – Le Marmotïn – Moulïn - Péjèy, Dava Rossan-na n°17-I-1996




Été de malheurs Gouverner, c'est prévoir


Je me demande si nos modernes responsables savent encore la plupart du temps voir plus loin que le bout de leur nez. Je veux dire que quand ils décident de réaliser des travaux importants, ils ne cherchent pas à savoir si des conséquences tragiques risquent de se produire par la suite.

Cet été se sont produits des évènements graves chez nous. Le 29 juillet et le 18 août, un petit ruisseau a provoqué des ravines profondes, emporté trois ponts et coupé la route de Peisey.

Pour élargir et niveler les pistes de ski de la station de Vallandry, la forêt a été déboisée et la terre végétale émiéttée sur plusieurs hectares. Arrive un violent orage, l'eau de ruissellement emporte cette fine terre dans le lit de ce ruisseau trop petit pour contenir cette boue. Il ravage les berges et emporte les bois sur deux kilomètres, au fond de la descente remblaie de terre les gros tuyaux d'alimentation de deux usines électriques installée sur le ruisseau de la vallée.

Si les ponts se refont, la profonde saignée dans ce terrain schisteux s'agrandira au moment de la fonte des neiges ou à la suite d'orages. La catastrophe de la Ravoire aux Arcs en 1981, provoquée par les mêmes causes n'a pas servi de leçons.

Au même moment, un centre équestre et une partie du terrain de camping communal ont été recouverts par un ruisseau de boue provenant du glacier de Bellecôte. Par bonheur, il n'y a pas eu de victimes humaines. Sur certaines portions de routes, des barrières de sécuritéont enfin été installées après de graves accidents. Quant aux permis de construire délivrés sur des zones à risques, les exemples sont nombreux.

S 'arrêteront-ils enfin ?

Avant de construire, leurs maisons ou leurs chemins, nos ancêtres examinaient de près le terrain et les alentours, pour voir si des risques d'éboulemments ou d'avalanches pouvaient compromettre leur sécurité.
Ils bâtissaient même sur la roche et faisaient un monticule de terre jusqu'au toit à l'amont de la maison pour supprimer toute prise au vent de l'avalanche.
Dans les pentes, des rigoles bien ouvertes guidaient les eaux de ruissellement et pour les routes, ils évitaient les terrainsq marécageux.

Quand ils nous ont présenté le projet de la route actuelle de notre station, il a fallu intervenir auprès du Préfet de la Savoie qui nous a donné raison pour modifier le tracé dans les endroits pentus et marécageux en amont des villages.
Une réflexion entendue des ingénieurs: «  Les gens de la montagne ont toujours peur que le ciel leur tombe sur la tête. Nous, avec les moyens actuels, nous pouvons éviter ça ».

Les illusions commencent à tomber mais les mémoires sont encores courtes. Et le mal a été fait.

Donat Silvin, Peisey, Dava Rossan-na n°12-1995


Tsoti dè maleuy

Govarno, i prèvî


Dze mè dèmande si nouru modèrne rèspoünsoble sovon ko la plepor du tin ivyè pe louy kè le bètsè dè leu no. Dze oui dî kè, ka-n i dèssido-n dè fé dè travo ïnportan i tsirtson po a savéy si dè movéjè konsèkanhè reskon dè sè produi pè la suita.

Si tsotin sè son prode tchi no dèz évènami grove. Le vint-è-noün juiyèt è le dij-vout d out, oün tchou na-n a provoko dè rèvïn-è profndè, ïnporto trè ponye, è kopo la rota dè Péjéy .

Pè alardjè è nivèlo lè pistè dè ski dè la stachoün dè Valandri, la foé at iho dèbouéja, è la tépa braho fin su plujeuyz èktore. Arevèt oün fôrt oadze, è l éva ko-inta inpourtèt ra fin-a tèra dïn le li dè sé na-n trouè tchout pè kontî tota ra borba. I ravudzè lè borduè, è ïnmïn-èt lu boui su dui kilométri, è i foün dè la dèchinta ranblèyè dè tèra lu grô tuyô d alimintachoün dè dê tchoutèz uzïn-è élèktrik ïnstalé su le grô na-n de la valo.

Si lu ponye sè rèfo-n, la profoünda sin-o dîn sè tarin chisteuy s agrandéa i momèn dè la foünta dè la néy eû a la suita d oadze. La katastrofe du na-n de la Ravoui ôz Arcs in dij-noün-hïn-è-katre-vïn-è-oün, provoko pè lè mimè kôzè, n a po sarvèt dè lehoün.

I mime momèn, oün santre dè tsevo è an partya du tarin dè kanpïn komunal at iho gléryi pè oün na-n dè borba ki vinyèt du glachéy dè Bélakouha. Pè chanhi, i a po avu dè dzïn totchî. Su sartin-è porchoün dè rota, dè baryéè dè sékurito o-n iho ïnstalé apri dèz aksidïn grove.

Pînkanta o parmi a konstrui dïn dè zône a reske, luz ègzinple son noünbreuy.

S arihéon-t-i anfin ?

Dèvon kè konstrui leû minjoün eû leû tsemïn, nouruz ansétre èstamïn-on-a dè prî le tarin è luz alinto pè ivyè si reske d éboulamèn eû dè lavintsè pouèchan koünpromètri leû sékurito.

I boticha-n mime su la rôtsi, è i facha-n oün montikule dè tèra ta k i tèt damoün la minjoün pè suprimo tota préssa i vèn dè la lavintsi.

Dïn lè kohiè, dèz éryé byèn ivirt guedoa-n lèz évè, è pè lè rotè, i évitoa-n lè mêétsè.

Ka-n i noz a-n prèzinto le projèt dè la rota aktuèla dè noura stachoün, i a fayu ïntarvi prî du préfèt de la Savoué ki noz a baya réjoün pè modifyè le trassé dïn dè kounyoün pintu è mêétsu ïn damoün du veladze.

An rèfèkchoûn chintu duz injényeur : « Lè dzïn dè la moüntanyi on todzo peuy kè le syèl leû tchèzè su la tiha. No, avoué lu moyin d ova, no pouèche-n zoün évito. »

Lèz ilujoün koumincho-n a tchèri, mè lè mimè son ko kourtè, è le mol at iho fét.



Dona Revèn – Le Marmotïn – Moulïn - Péjèy, Dava Rossan-na n°12-1995

Drôle d'avalanche



Le 25 février 1995 à 14h30, une avalanche, d'une importance encore jamais vue, est venue saccager dix chalets d'alpage d'une partie du hameau des Lanches, dans la vallée de Peisey. Elle descendait du massif de Bellecôte, à partir du niveau 3000, sur une largeur d'un kilomètre, pour aboutir au niveau 1500, en s'étalant à l'arrivée sur 800 mètres de large et 8 mètres d'épaisseur en bandes inégales. Le souffle, qui l'a précédée, était si violent que de gros mélèzes furent cisaillés à cinq mètres du sol et emportés au-delà du ruisseau dans la partie du hameau non saccagé.

Trois faits ont surpris ceux du pays. Nous ne comprenons pas comment la neige de toute la largeur du massif a pu s'engouffrer dans le même goulet en même temps, car sur la gauche, un autre goulet récupère un bon tiers de la neige au niveau 2000. A la sortie du goulet, l'avalanche passe sur un grand plateau qui freine beaucoup son élan.
Au milieu de ce plateau était posé un roc d'une centaine de tonnes qu'on appelait « La Grande Pierre ». Une avalanche plus ancienne l'avait simplement tourné sur une autre face. Cette fois-ci, il a été emporté jusqu'au ruisseau et a écrasé deux chalets sur son passge.

Au début du hameau, dans la partie non abîmée et en amont des maisons, il y avait un rocher sur lequel, en 1944, une femme du village avait fait sceller une croix en bois, à la suite d'une énorme coulée de boue dans la nuit du 26 août, dans l'espoir de protéger ce quartier.Non seulement l'avalanche n'est pas venue vers les maisons mais elle a fait un mouvement inexplicable. Elle a fait le tour du rocher sans le toucher, tout en l'encerclant.

En amont du quartier massacré, il y avait une maison de 1724, en amont duquel est adossé un monticule de terre jusqu'à la faîtière. Il a servi de tremplin à l'avalanche et il n'y a pas eu de dégâts. Deux chalets étaient occupés au moment des vacances. Dans l'un qui avait été renforcé, neuf personnes présentes n'eurent aucun mal et ont dû attendre les secours dans leur cave. Dans l'autre, trois hommes sont restés coincés par les poutres du toit enfoncé. Ils ont été dégagés deux heures après les autres. Heureusement, une personne qui avait vue le sinistre de chez elle donna l'alerte par téléphone.

Le fait que toute la largeur du front de neige de Bellecôte soit partie en même temps laisse à croire qu'une cause commune l'a provoqué, peut-être facilitée par les conditions météo. Des habitués à ski de cette face nord de Bellecôte nous ont confirmé ce que beaucoup pensait déjà,mais il nous est conseillé de ne pas trop le dire, à cause des intérêts en jeu.
Reste à savoir si les sinistrés auront l'autorisation de rebâtir ou si ces ruines seront d'un bel effet pour les centaines de passants qui empruntent la route du Parc National de la Vanoise à quelques mètre en amont.

Donat Silvin, Peisey, Dava Rossan-na n°15-1995




Drôla dè lavintsi

Le 25 vïn-hïnk févriyè mele-noün-hïn nonan-hïnk, a katourdy'eü è demi, an lavintsi, d uneoün ïnportïnhi ko jami vyou i vua sakadjè djî moüntanyètè dïn an partya du valadze dè lè Lantsè dïn la koünba de Pèjèy. Èl dèchènyèt dè Bèlakouha, a otyeûy dè trè mele, su an lardjeûy d oün kilométri, pè arvo a tchïndè-hîn, ïn s alardzïn a l arvo su vou-hïn métri d èpècheûy. Ïn plujeû bré po ègol. Le sofle ki arvè dèvon vivè che fôrt, kè dè grôssè lorjè on ho tsaplé a hîn métri du tarin, è kouko ïn dèlav du na-n dïn la partya du valadze po totcha.



Tré fèt on soprèy sé dè l indrèt. No konprènyin po komè la nèv dè tota la lardjeûy du massif a pouèchu s ïnfelo dîn le mime ïngolay è ïn mime tin : su la gôtsi, oün otre ïngolay rèkupéèt oün boün tyè dè la nèy dou dui mele. A la sortya dè ïngolay, la lavintsi possè su oün gran plan ki kopè gayort soün élan.

I mintèn dè sè plan, sè trovoèt oün rotsé d an hintin-a dè tone k oün apèloèt « la Grôssa Pyéa », oün ansyin-a lavintsi l ê dza vriya ïndoülo. Sta vèy, èl a ho ïnporto tak i na-n, è at aplato dè minjoün ïn passïn.



Au début du hameau, dans la partie non abîmée et en amont des maisons, il y avait un rocher sur lequel, en 1944, une femme du village avait fait sceller une croix en bois, à la suite d'une énorme coulée de boue dans la nuit du 26 août, dans l'espoir de protéger ce quartier.Non seulement l'avalanche n'est pas venue vers les maisons mais elle a fait un mouvement inexplicable. Elle a fait le tour du rocher sans le toucher, tout en l'encerclant.



I dèbu du veladze, dïn le kounyoün po totchi, è ïn damoün dè lè minjoün, i êt oün rotsé su kyè, ïn mele-noün-hïn è kantè-katre, an fèna dè l indrèt ê fé sèlo an krui ïn boui, suita a an gran kolo de borba dïn la nît du vint-è-chi d out. Èl èspéoèt k èl ar protéia sé kartvè.



Noün solamèn la lavintsi i po vua dou lè minjoün, mè èl a fét an djéstra ïnkrèyobla. Èl a fèt le to du rotsé sin le totchè, tot ïn l ïnhèlïn. Ïn damou-n du kartyè massakro, i êt an minjoün dè dissè-hïn è vintè-katre, garnéssa d oün grô dou de tèra tak a la fétî. Al a sarvèt dè tranplin a la lavintsi, è i a po avu dè dègat. Dê minjoün yiva-n okupé pindin lè vakanhè. Dïn oün-a ki ê ranforcha, noün parsounè prèzintè on po ho totchi, è on dèvu atindri lu sèko dïn leû kova : dïn l otra, trèz ome son rèsto kouïnso pè lu trol du tèt ïnfoünho. I on ho dègadji dêz è apri luz otre. Eûzameèn, an fèna ki ê vyu le sinistre dè tchi yi, a baya l alèrta pè téléfone .

Le fèt kè la nèy dè tota la larjeûy dè Bèlakouha sssè partya ïn mime tin, lochèt a kré i a ho provoko pè la mima tsouza, è fassilito pè lè kondichoün météo. Dèz abituo a ski dè ra fahi nor dè Bèlakouha noz o-n achuo sin kè gayort pinson-a dza mè i noz i koünsèya dè po trouè zoün dî, a kôza duz ïntés ïn dzoua.

Ristèt a savèy si lu sinistro an l oto-izachoün dè rèboti eû si rè mazuè sâ-n d oün bèl ifèt pè lè hintin-è dè passïn ki posso-n pè la rota du Park nassyonal, a kokyè mètri ïn damou-n

Dona Revèn – Le Marmotïn – Moulïn - Péjèy, Dava Rossan-na n°15-1995